i aujourd’hui La Chanson de Roland est un vieux livre un peu poussiéreux qui dort dans nos mémoires d’écolier quelque part entre La Guerre des Gaules  et Les Fables de La Fontaine, elle éveille toujours en nous un écho, une résonance à la fois lointaine et profonde. Comme L’Iliade et l’Odyssée d’Homère, l’épopée de Roland a traversé les âges sans prendre une ride, peut-être parce qu’elle véhicule les valeurs humaines immuables, ce grand fond commun dans lequel des artistes et des écrivains de génie puisent pour nous offrir des œuvres immortelles.

e nombreuses et superbes enluminures  :
 lachansonderoland.d-t-x.com/iconographie00.html, mais aussi des peintures, des sculptures, des vitraux ont illustrés au fil des siècles les prouesses des francs chevaliers, mais personne encore, à ma connaissance, n’a suivi fidèlement le texte de La Chanson de Roland pour le raconter en images, à la manière de la tapisserie de Bayeux ou d’une bande dessinée.

e caressais depuis longtemps l’idée de créer ces illustrations et c’est en relisant le livre et la remarquable traduction de Ian Short, qui a su conserver au poème son souffle épique, son rythme et sa puissance évocatrice, que je me suis décidée. C’est son texte que j’ai choisi d’illustrer, ses mots que j’ai calligraphiés, tentant de reproduire toute la poésie et la fougue du texte.  

urant deux ans, je me suis attelée à la création des illustrations, tâche aussi ardue qu'enthousiasmante. Après que mon crayon ait parcouru un nombre de kilomètres digne d'un coureur de fond, après avoir noirci quantité de carnets de croquis, je suis parvenue à la forme recherchée.

l fallait d'abord définir les moments-clefs de l’histoire, ceux qui permettraient une lecture aisée sans l’aide de longs textes explicatifs. 74 scènes se succéderont ainsi. La première partie (38 illustrations) raconte la trahison de Ganelon qui provoquera l’attaque de l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne par les Sarrasins, puis les combats et les prouesses de Roland et des pairs francs. Le centre de la Tapisserie, comme le centre du poème illustre la mort de Roland et sa montée au Paradis. La deuxième partie (34 illustrations) relate la vengeance de Charlemagne et sa victoire.

n me rendant à Roncevaux et sur les lieux du récit, je me suis imprégnée de l'atmosphère, des paysages, de l'architecture mudejar. Les mots ont pris forme : le preux Roland, son compagnon Olivier et tout ce peuple de guerriers francs et sarrasins avaient trouvé leur décor. 

eprenant chaque scène une à une, j’ai simplifié, ne laissant que les mouvements essentiels qui dessinent les moments capitaux, en conservant, et c’est là une démarche parfaitement subjective, l’émotion d’un passage ou le sourire d’un autre.

haque scène peinte a été numérisée et travaillée sur ordinateur jusqu’à ce que l’ensemble forme 23 panneaux de 167 cm x 50 cm. Assemblée, la composition est donc de 38.4 m.

omme dans la tapisserie de Bayeux, un bref texte calligraphié accompagne les illustrations. Il permet de suivre avec facilité les articulations du poème. Je tiens ici à remercier  Ian Short pour ses précieux conseils.


e tableau achevé, une dernière question s’est posée : comment présenter ce travail ? Quel support utiliser ? Un voyage à Bayeux m’a permis d’admirer de près la célèbre Tapisserie (en réalité une broderie). Ce medium artistique, très peu connu et peu utilisé, est cependant remarquable de finesse et de précision. A une époque où l’art s’est intellectualisé, le beau geste du brodeur, lent, sûr, presque sensuel, peut détonner ou étonner. J’aime pourtant cette idée de marier l’écriture, l’art et l’artisanat. A l’égal de la peinture, la broderie permet le relief, les dégradés de couleur en fils de soie ou de coton déclinés à l’infini ou la simple vigueur d’un trait patiemment brodé.

Dominique Tixhon